in paradisum

 

Diastème, Hammam, l'amour de l'art, 107 ans, la nuit du thermomètre

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107 ans


L'Humanité
Skate-board, costard, pizzas et paradis
C'est le bruit que fait la maman de Louis en s'écrasant au sol après une chute un rien mortelle, parachute en berne. Un bruit qui ne s'oublie pas. À partir de là, tout va mal, c'est-à-dire de mal en pis, pour notre héros, comme on dit dans les livres... Après que les mamans ont fait ploch, il faut bien vivre, cependant. Néanmoins. On s'endort et on se réveille derechef et encore, post-ploch. Tout le monde vous le dira. C'est pas la fin du monde. Eh bien si, justement ! C'est la fin du monde. Surtout quand, en plus, Marie s'en va, Marie vous laisse choir, Marie qu'on aime pour toujours, et puis non. Vous ne le croyez pas ? Ça ne m'étonne pas de vous, incrédule et mécréant que vous êtes, tout juste bon à faire des pizzas et l'amour à des filles. Exactement comme Louis, celui qui dit " je " dans le livre. Pareil. La même engeance. Pas étonnant qu'il nous ressemble et qu'il sache si bien, si drôlement, si pathétiquement, l'air de rien, l'air de rigoler de tout à la légère, parler pour nous, au fond. La même graine de moins que tout, bon garçon, pauvre diable, avec des soifs et des appétits de gamin et des glissades et des dérapages d'adulte. Parce que c'est bien de tout cela qu'elle est faite, la vie : une virée en skateboard et costard, mal à l'aise sur l'un comme dans l'autre, en tout cas les deux pas trop faits l'un pour l'autre. Lui non plus, il ne veut pas le croire, lui aussi il veut faire le malin. Mais pourtant je vous dis ! Pourtant, c'est bel et bien la fin du monde, comme si vous y étiez. Puisque vous y êtes. Et vous ferez quoi, tout malin que vous êtes, le jour du grand chambardement ? Vous suivrez Louis. Vous irez à la pêche aux morceaux de la vie d'avant cet instant, tant bien que mal, et à chaque touche ça vous fera mal aux amours, comme des griffures de ronces ou de roses après la traversée d'un jardin sauvage. Jusqu'à mourir. Jusqu'après la mort. Au paradis. Bien sûr que oui, le paradis existe. C'est juste avant la fin du monde, souvenez-vous. Avant que les mamans fassent chlop sur une piste d'atterrissage en béton. C'est Marie qui s'en va après avoir été sacrément là pour toujours chaque jour, c'est Emma, c'est Sonia, c'est les autres qui ont laissé un prénom, une odeur, un geste, un regard, les instants de douleurs magiques dans leurs bras et contre leur peau si douce, c'est les copains qui ont laissé la trace de leur échappée pas toujours belle. Le paradis dans lequel on avance cahin-caha jusqu'à la fin du monde. Le paradis, c'est le sentier secret que nous ouvre Diastème dans les brousses des âmes. Et il irait jusqu'à nous convaincre que nous en possédons bel et bien, des âmes, ces bêtises charmantes, pour accompagner nos errances et nos fringales - alors on jette un regard en arrière, en avant, et ça fait du bien d'y croire, mine de rien, sans fracas ni ostentation, levant nos verres entre humains orphelins, la larme et le sourire dans l'oil, un peu de chaud au cour. On referme In Paradisium lentement, pour ne rien brusquer, ne rien briser, ne rien fissurer d'un équilibre fragile un centre duquel on se retrouve étrangement chez soi, de retour. Et le voyage vous a donné de l'appétit.
PIERRE PELOT

Urbuz.com
Chroniqueur acerbe de 20 ans et Première, l'éternel gamin Diastème nous surprend avec son deuxième roman d'une étonnante maturité. In paradisum part de l'idée, relativement vue et revue, d'un retour sur le cours du temps. Pizzaiolo de père en fils, notre narrateur perd sa mère dans un tragi-comique accident de parachute, trompe sa femme avec un mannequin et finit déprimé à écumer les boites de nuit en regrettant sa moitié. C'est à ce moment qu'intervient la fin du monde. Oui, oui, la fin du monde, l'armagedon, le chaos quoi. Rien de moins. A vrai dire, Diastème réalise là un rêve de gosse (on n'en attendait pas moins de lui), celui de revenir sur le passé d'un claquement de doigts. Une façon d'échapper à la réalité, de la façonner à son image. Point de propos eschatologique dans le roman de Diastème, faudrait pas confondre avec Dante. Le Paradis, l'Enfer et le Purgatoire ne sont là que pour stigmatiser la volonté du narrateur. Avec humour et ironie, l'auteur passe en revue les petits et les grands maux de l'humanité en général et de son personnage en particulier. Car cet anti-héros voit tout à l'aune de ses désirs : quoi de plus normal que de tromper sa femme, surtout quand elle vous met une superbe créature entre les pattes… A grands traits acerbes, Diastème dessine les contours d'une crise de la trentaine mal assumée. On en connaît plein qui se retrouveront un peu dans ce personnage finalement très attachant. Et pour les autres (les filles en d'autre termes), c'est un cas très intéressant de zoologie à étudier. De très près quand on partage sa vie avec ce genre de machus hominus.
CHLOE S.